L'ELSÄSSISCHER ORGELREFORM

par Emmanuel FABRE
(organiste titulaire de l'orgue de l'église Saint-Pierre-le-Jeune-catholique de Strasbourg)

Les origines

Pour comprendre les origines de ce mouvement, qui n'est qu'un des épisodes de la riche histoire des orgues d'Alsace, il suffit de feuilleter le petit catalogue des instrument qui ont orné notre paroisse [Saint-Pierre-le-Jeune-catholique de STRASBOURG] depuis le XVe siècle : premier orgue en 1404 (un des tout premiers instruments strasbourgeois), puis en 1529, l'église passe au culte protestant, avant d'être scindée en deux parties par le simultaneum en 1683. Un mur sépare alors le chœur catholique de la nef protestante, obligeant chaque confession à se pourvoir de son instrument propre. 1762 : année bénie puisqu'elle vit la construction d'un instrument de taille moyenne par Jean-André Silbermann (1712-1783), dans la partie catholique de Saint Pierre-le-Jeune. Après une première transformation, apparait une autre dynastie de la facture d'orgues alsacienne : les Stiehr-Mockers. Joseph Stiehr, en 1848, met le Silbermann au goût du jour, notamment en le dotant d'un deuxième clavier plus "romantique". En 1863, la paroisse Saint-Pierre-le-Jeune catholique veut se "débarrasser" de son orgue qu'elle considère comme inadapté à la pratique musicale du moment. Sans cesse critiqué, le Silbermann est finalement cédé à la paroisse Saint Maurice de Soultz-les-Bains où il est toujours visible. C'est évidemment Stiehr-Mockers qui remporte le marché du quatrième instrument de la paroisse catholique. Il place en 1865 un orgue de 24 jeux sur 2 claviers et pédalier, assez semblable à celui construit l'année suivante pour le temple protestant de la Robertsau.

Des dynasties d'artisans... les Silbermann, les Stiehr, auxquels il faudrait évidemment rajouter les Callinet plus une multitude de facteurs talentueux, telle est l'image de la facture d'orgue alsacienne des jusqu'en 1870. Oh, pas directement à cause de l'annexion allemande. Le Reichsland finance très généreusement les constructions et reconstructions d'orgues. Mais sur avis des experts... 1870 inaugure l'ère des experts, ces théoriciens qui, peu à peu, se mirent à dicter aux facteurs d'orgues leur métier. Eliminant les mixtures qu'ils jugent criardes, ils rejoignent une nouvelle pieuserie qui juge indécents les cromornes et autre doublettes, qui est scandalisée par le fait que l'organiste tourne le dos à l'autel. Or, miracle de la "technologie moderne", c'est l'apparition de la traction pneumatique qui va justement permettre de retourner les consoles et précipiter de force les facteurs alsaciens, assaillis par la concurrence allemande, dans une période sombre.

Pendant ce temps, la nouvelle église catholique s'équipe d'un instrument du facteur allemand le plus "moderniste" du temps : Heinrich Koulen. Construit dans un impressionnant buffet de l'ébéniste Klem, il
comprenait 28 registres, répartis sur 2 claviers et pédalier et bénéficiait évidemment des ultimes "progrès" en matière de transmission pneumatique dont Koulen était un spécialiste. A telle enseigne que les sommiers furent déclarés hors service dès 1910, soit 16 ans à peine après leur construction. Jusqu'à KOULEN, la facture d'orgue alsacienne était restée plutôt traditionaliste. La démarche de ce facteur-inventeur qui, en l'espace de 20 ans, passa de la traction mécanique avec sommiers à gravures au balbutiant système électro-pneumatique, précipita sans doute l'engouement pour le progrès des facteurs, experts et organistes, avides d'une apparente facilité à la fois technique et financière.

 


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