L'ELSÄSSISCHER ORGELREFORM

par Emmanuel FABRE
(organiste titulaire de l'orgue de l'église Saint-Pierre-le-Jeune-catholique de Strasbourg)

b. La première restauration : Saint-Thomas

1908 est une année importante dans l'histoire de la Réforme alsacienne. C'est l'année de la première restauration d'un orgue historique dans l'esprit de l'Orgelreform. À l'époque avait germé l'idée de déposer totalement le SILBERMANN et de le remplacer par un orgue neuf.. L'instrument semble poser d'énormes problèmes d'alimentation - dont il reste d'ailleurs quelque trace aujourd'hui encore. "Sans mon intervention, l'orgue SILBERMANN de Saint-Thomas à Strasbourg aurait, en son temps, été remplacé par un neuf. L'attention se portait uniquement sur les importantes difficultés que posait la question du soufflet. Sans le professeur ERB, avec qui je partageais le travail, et le facteur d'orgues Fritz HÆRPFER de Boulay, qui s'occupa de la restauration avec savoir-faire et enthousiasme, je serais resté seul en ce temps-là." C'est donc à HÆRPFER, après la construction de l'orgue de chœur, que revient la responsabilité de rendre vie à l'instrument. D'après les pratiques de l'époque, il aurait pu pneumatiser, installer une console indépendant riche en accessoires franco-allemands, vider le Positif, concevoir un grand Récit expressif, augmenter la pression… Au lieu de tout cela, , sur les conseils de SCHWEITZER, il entreprend de restaurer la traction mécanique. La seule concession à l' "ère du temps" concerne la hausse du diapason à 435 Hz pratiquée par entailles. On peut certainement s'en émouvoir, surtout face à la modification du rapport taille / hauteur qui en résulte, mais il s'agissait de permettre un dialogue avec le nouvel orgue de chœur. N'oublions pas les positions de SCHWEITZER à propos de ce qu'il appelle les "historicismes exagérés". Plus tard, il regrettera, à l'occasion de l'expertise du SCHNITGER de Sankt-Jakobi de Hambourg, de ne pas avoir conservé le ton ancien. Globalement, cette restauration peut être qualifiée d'exemplaire pour l'époque. Elle montre bien, en tout cas, que SCHWEITZER sait ce qu'est un orgue ancien, même s'il ne maîtrise pas pleinement les spécificités esthétiques des anciens facteurs d'orgues.

 


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