L'ELSÄSSISCHER ORGELREFORM

par Emmanuel FABRE
(organiste titulaire de l'orgue de l'église Saint-Pierre-le-Jeune-catholique de Strasbourg)

2. La conversion de Walcker

En 1897, WALCKER installe donc à Saint Paul le nouvel orgue de Rupp. Si, à cette époque, WALCKER incarne avec WEIGLE la facture d'orgue romantique allemande, rappelons que la qualité de ses instruments n'est jamais prise en défaut. L'amitié qui va peu à peu naître de la collaboration entre RUPP et WALCKER à l'occasion des premières modifications effectuées à Saint-Paul est à la base du ralliement du facteur d'orgue allemand aux conceptions de l'organiste alsacien.

La recherche par Rupp de "l'orgue synthétique" : les transformations à l'orgue de Saint-Paul

Une des préoccupations principales de l'Orgelreform est de réussir une fusion sonore efficace entre mixtures et anches. Rupp énonce le postulat suivant : plus les anches sont puissantes, plus il faut augmenter le nombre de rangs de mixtures. Mais la chose reste délicate en raison de l'opposition entre les harmoniques artificielles des mixtures et les harmoniques naturelles des anches. Entre 1907 et 1912, les firmes DALSTEIN-HÆRPFER, MUTIN (successeur de CAVAILLÉ-COLL) et WALCKER vont unir leurs efforts afin de se rapprocher des vues de l'organiste titulaire. La première tranche de travaux concerne la console de l'instrument. Pneumatique à l'origine, elle est doublée d'une seconde console électro-pneumatique, installée par DALSTEIN-HÆRPFER. C'est la première fois que RUPP a l'occasion de mettre en pratique ses conceptions de console standard uniformisée. La console précédente était purement allemande, sans aucune commande pédestre. Celle de 1907 présente un ensemble de plus de 60 commandes d'accessoires ! RUPP a une tendance boulimique. Il veut tout avoir, dans des orgues monumentaux, ce qui nuit à la cohérence de son message. Sa Normalspieltisch, idée louable à la base, devenant une accumulation pléthorique de commandes, est d'ores et déjà vouée à l'échec, entraînant avec elle dans sa chute la console du Règlement international qui, elle, était pourtant réalisable et utile. Le travail effectué sur le matériau sonore en 1912 a une grande importance pour comprendre dans quelle direction RUPP pousse ses recherches. Il commence par une différenciation des pressions, désormais de 7 natures. Puis, il rajoute encore des anches, des mutations et des mixtures. Avec sa nouvelle transmission, sa nouvelle console, sa composition entièrement remaniée, l'orgue de RUPP est désormais apte à constituer l'exemple, le mannequin de l'Elsässischer Orgelreform. Plus encore que les essais menés par SCHWEITZER, l'instrument est la concrétisation des idées de son titulaire. Loin de renoncer aux fonds, RUPP en conserve un grand nombre. Mais il les transfigure par l'adjonction de nombreuses mutations. Ainsi, le G.O. est pourvu de la suite complète des harmoniques de 16', le Positif contient celles de 8' et la Pédale celles de 32'. Le Récit reste un grand clavier orchestral, construit autour d'une riche palette de fonds et de la batterie d'anches françaises. En cela, RUPP adhère totalement au programme de Werkprinzip de SCHWEITZER. Mais ce dernier n'a jamais réalisé une aussi complète représentation des mutations simples. On peut y voir une raison. SCHWEITZER n'aime pas les instruments de plus de 50 jeux. L'organiste de Saint-Paul, personnalité excessive, se délecte d'orgues monstrueux (1907 est aussi l'année de la construction de St-Rheinoldi de Dortmund, par WALCKER, premier orgue allemand construit d'après les principes de la Réforme : 5 claviers, 105 jeux. En 1924-28, STEINMEYER construit à Passau le plus gros instrument d'Europe, toujours issu des idées de RUPP : 5 claviers, 208 jeux répartis en 5 buffets commandés par la même console électrique). Évidemment, il est d'autant plus facile de placer des mutations simples que l'instrument a un grand nombre de registres. Le traitement des mixtures révèle une plus grande différence entre les deux hommes. RUPP semble tenir davantage que SCHWEITZER au côté lumineux des jeux composés. Même s'il garde logiquement les grosses mixtures, comme le Plein-Jeu harmonique VI rgs, il n'hésite pas à lui adjoindre de "fines mixtures", telles la Cymbale III rgs ou la Fourniture IV rgs. A l'évidence, l'accumulation de jeux composés et de mutations simples permet de mieux intégrer l'extraordinaire batterie d'anches.

 


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