L'ELSÄSSISCHER ORGELREFORM

par Emmanuel FABRE
(organiste titulaire de l'orgue de l'église Saint-Pierre-le-Jeune-catholique de Strasbourg)

4. Haute pression et Orgelreform : l'orgue de Saint-Martin d'Erstein

Dans sa plaquette de 1978, MEYER-SIAT fait reposer l'entière responsabilité de la conception de l'orgue sur Victor DUSCH, éminent titulaire de l'époque. Mais on ne peut objectivement exclure un facteur d'orgues de la pérénité de son œuvre. Et le fait que le rapport d'expertise ait été signé, le 9 Juillet 1914, par F.-X. MATHIAS, Martin MATHIAS et Louis THOMAS, tous trois acquis à la cause de la Réforme, ne peut qu'inciter à examiner cet orgue dans l'optique de l'Orgelreform. Évidemment, la présence de quatre jeux à haute-pression vient d'emblée jeter le trouble. Mais il ne faut perdre de vue que SCHWEITZER tolère l'installation de tels jeux dans de grands édifices où, correctement intonés, ils peuvent avoir un résultat artistiquement satisfaisant. Cette composition est exceptionnelle à plus d'un titre. Nous sommes à présent dans un village, pas le petit ni le moins aisé, certes, mais un village quand même. C'est avant tout un instrument d'excellente facture. Il ne contient aucune trace de zinc, indice d'un grand souci de qualité. En concurrence avec WEIGLE et WALCKER, RŒTHINGER se devait de présenter un projet des plus solides. Il est symptomatique que, favorisé par MATHIAS, l'artisan alsacien ait été préféré aux grandes firmes industrielles allemandes, toutes moins chères que lui. Et de fait, RŒTHINGER a réalisé un chef d'œuvre d'artisan. La disposition rappelle Saint Paul. On y retrouve une pédale non-indépendante mais pourvue d'un 32' et de ses harmoniques (Quintbaß 10'2/3). Le G.O. est basé sur une Montre 16' et comprend, là aussi, une Quinte 5'1/3. Le Récit assume son rôle orchestral, avec sa riche palette de fond et sa batterie d'anche complète. Le clavier le plus étonnant est sans doute Positif. La présence d'un cornet décomposé préfigure le retour progressif au Positif classique, basé sur la série des harmoniques de 8', selon les vœux de RUPP et, bien plus tard, à la désolidarisation de ce plan sonore comme Positif de dos, revendication de SCHWEITZER. Le 2è clavier est celui qui évoluera le plus avec la Réforme. Aux nombreux fonds de l'état initial s'ajouteront peu à peu mixtures et mutations - comme ici à Erstein - puis les fonds se feront plus pauvres, avant que le Positif ne retrouve sa place classique (Temple de Neudorf).

 


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