L'ELSÄSSISCHER ORGELREFORM

par Emmanuel FABRE
(organiste titulaire de l'orgue de l'église Saint-Pierre-le-Jeune-catholique de Strasbourg)

7. Saint-Laurent de Bischheim

Le cas de l'orgue de Saint Laurent est intéressant. Fait remarquable, l'orgue nous est parvenu dans son état initial quant à sa composition. Cette dernière est pourtant fortement teintée, avec des mixtures à tierce et une sonorité générale très gambé. RŒTHINGER y pousse à l'extrême l'étroitesse des principaux, rendant floue, voire inexistante, la frontière qui existerait entre une Montre et une Montre-viole. Il est presque étonnant que, dans les années 60, personne n'ait entrepris de "néo-classicisation" de l'esthétique sonore ! Ici se dessine l'évolution ultime d'Edmond-Alexandre RŒTHINGER, qui aboutira à Saint Pierre-le-Jeune quelques 10 ans plus tard. Deux points principaux sont à souligner. En premier lieu, le facteur schilickois construit dans un style bien précis, dans une couleur sonore très gambée. Il ne peut donc être question d'"orgue à tout jouer". Qui plus est, RŒTHINGER travaille parallèlement à la conception de l'orgue de la Cathédrale, nullement comparable. Deuxième fait marquant : le choix opéré par RŒTHINGER quant à la registration. Le Grand-Orgue s'articule autour d'un principal - très étroit -, d'un bourdon, d'une flûte et d'un jeu gambé. On trouvera exactement la même charpente à Saint Pierre-le-Jeune. Outre le cornet décomposé, le 1e clavier comporte une sorte de Mixture-Cornet comme on en trouve fréquemment dans les petits instruments de l'époque et qui confère au plenum cette couleur si particulière, à la fois chaude et charnue, mais manquant singulièrement de luminosité. Le Récit semble aussi se stabiliser autour d'une palette d fonds très colorés auxquels s'adjoignent les harmoniques de 8', déclinés ici dans une taille très étroite. Mais c'est surtout le Positif qui retient l'attention. Ce clavier semble décidément être l'élément le plus pertinent dans l'évolution des idées de la Réforme. Ici, pour la première fois clairement dans les grands instruments de RŒTHINGER, le Positif n'est plus un Grand-Orgue en réduction mais acquiert son autonomie. Débarrasé des fonds superflus, il s'oriente résolument vers la couleur SILBERMANN, tout en veillant à ce qu'il puisse s'intégrer au tutti. Mais Larigot et Cromorne, voilà qui est nouveau. Préparation à ce qui l'attend à la Cathédrale ou essai d'intégration d'un Positif d'essence classique et répondant aux exigences de la Réforme à un ensemble plus symphonique ? RŒTHINGER prouve en tout cas qu'il connait l'histoire de la facture d'orgue. L'orgue de Bischheim est un des trop rares instruments alsaciens capables de jouer réellement de la musique symphonique.

 


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