12 avril 2007

Christophe MANTOUX est actuellement professeur d'orgue au Conservatoire National de Région de Strasbourg, et organiste titulaire de l'église Saint-Séverin à Paris. Il enseigne également dans le cadre de masterclasses, en France et à l'étranger.
Il participe régulièrement aux jurys de concours intenationaux.
Nous le remercions très chaleureusement pour temps qu'il nous a accordé.

 

Yannick Merlin : Quel a été votre premier contact avec le monde de l'orgue Alsacien ? Au moment de votre nomination au Conservatoire de Strasbourg ?
Christophe Mantoux :
La première occasion pour moi de venir en Alsace fut un concert à la cathédrale de Strasbourg, en 1986, à l'invitation du Chanoine Ringue. J'étais à l'époque professeur d'orgue à l'Ecole César Franck à Paris et organiste titulaire de la cathédrale de Chartres, et bien loin de me douter que mes rapports avec l'Alsace évolueraient comme ils l'ont fait : j'ai par la suite enseigné à l'Ecole Nationale de Musique d'Annecy avant de devenir professeur au Conservatoire National de Région de Strasbourg au début de 1992.
Y. M. : "Votre arrivée à Strasbourg vous a t-elle permis de mieux faire connaissance avec les facteurs alsaciens (Rinkenbach, Silbermann, Stiehr-Mockers, Roethinger...) ?"
Christophe Mantoux :
Il est vrai que je connaissais ces facteurs uniquement de réputation auparavant. Dès mon arrivée, j'ai reçu le meilleur accueil de tous les organistes strasbourgeois, et plus généralement alsaciens, que j'ai rencontrés ; ceci m'a permis de faire connaissance avec la facture alsacienne, d'en apprécier le caractère qui lui est tout à fait propre, tout à fait différent de l'orgue parisien des périodes correspondantes et que je connais évidemment mieux.
Le patrimoine alsacien est unique par sa qualité, sa quantité, mais aussi bien sûr ses spécificités. D'une façon très générale, je trouve les instruments alsaciens séduisants par leur plénitude (orgues souvent conçus pour accompagner l'assemblée), la complémentarité des jeux d'origines française et allemande (jeux gambés par exemple dans l'orgue du 19e siècle, ou rôle de la pédale dans l'orgue classique) qui leur donne un accent unique, et par leur état souvent excellent, du fait que l'orgue est ici un instrument bien vivant, donc entretenu.
Y. M. : Pouvez-vous nous expliquer la nature de vos activités au sein du Conservatoire de Strasbourg ? Quelles sont les perspectives que vous envisagez suite à la construction du nouvel orgue dans le nouveau Conservatoire, place de l'Etoile ?
Christophe Mantoux :
Au Conservatoire de Strasbourg, je suis professeur d'orgue et d'improvisation au clavier. Le Conservatoire a évidemment la chance de bénéficier d'un environnement particulièrement privilégié en ce qui concerne l'orgue : les élèves alsaciens baignent depuis leur plus tendre enfance dans une culture organistique très développée et dont les racines sont profondes ; en outre Strasbourg compte un grand nombre d'instruments d'un intérêt exceptionnel et le Conservatoire a établi, depuis de longues années, des conventions avec plusieurs paroisses, ce qui permet de donner régulièrement des cours sur des instruments particulièrement typés : les deux instruments de Saint-Thomas, ceux de Saint-Paul et celui de Saint-Guillaume.
En plus des cycles traditionnels (du premier cycle au perfectionnement), le Conservatoire de Strasbourg propose un cycle de spécialisation ; ma classe accueille dans ce cadre des élèves possédant déjà un diplôme professionnel, et souhaitant se perfectionner dans un domaine particulier. Cette année, 8 étudiants de 5 nationalités différentes sont dans ce cas, et au total, j'ai accueilli jusqu'à présent 26 élèves étrangers de 15 nationalités différentes, d'Amérique du Nord et du Sud, d'Europe bien sûr, et aussi de Corée-du-Sud et du Japon (certains aussi dans le cadre d'échanges Erasmus avec d'autres institutions d'enseignement européennes), ce qui est bien évidemment un enrichissement très précieux pour le professeur ; je suis ainsi en contact étroit avec des traditions musicales, des traditions d'enseignement aussi, des modes de pensée, très différents des nôtres, ce qui permet des mises en perspective particulièrement intéressantes.
Le nouvel orgue construit dans le nouveau Conservatoire place de l'Etoile complète les quatre instruments que nous héritons du passé : un orgue Gaston Kern de 13 jeux, avec tempérament inégal, conçu pour le répertoire jusqu'au XVIIIe siècle ;
un orgue Mutin Cavaillé-Coll de 1906 (9 jeux), parfait pour le répertoire romantique, mais intimiste évidemment ;
deux instruments d'études de 9 jeux et 10 jeux.
Ces 4 instruments sont placés dans de grandes salles (quatre ou cinq mètres de plafond), dans les étages supérieurs.
Comme vous le voyez, il manquait un instrument de plus grandes proportions, et dont la composition permette d'interpréter le répertoire symphonique, néoclassique et contemporain. C'est ce qu'on s'est efforcé d'avoir avec la composition du nouvel instrument de 23 jeux, situé dans une salle de 18 m de haut, et pouvant accueillir un public de 50 personnes.
Cet instrument sera valorisé par des concerts réguliers des étudiants, dans une série intitulée " Les vendredis de l'orgue ", qui commencera dès le mois de janvier 2007 : un même programme de 45 minutes, à 12 h 30 et 17 h 30, dans l'espoir d'accueillir le public le plus divers possible.
Y. M. : Sait-on ce qu'est devenu le grand Schwenkedel de la place de la République ?
Christophe Mantoux
:
Je crois qu'il y est toujours, mais le mieux pour en savoir plus est de vous adresser directement à la Municipalité.
(Le mail envoyé à cet effet le 24 février 2007 est resté à ce jour sans réponse. Y. M.)
Y. M.
: Enfin, comment voyez-vous, pour l'avenir, les perspectives de mise en valeur du patrimoine organistique alsacien, mais aussi français qui souffre de plus en plus de la désaffection du grand public ?
Christophe Mantoux :
La désaffection du grand public vis-à-vis du patrimoine organistique est évidente en France, elle est liée à des considérations culturelles et sociales qui dépassent très largement le monde de l'orgue. Il y a beaucoup de bonne volonté, d'enthousiasme, mais cela ne suffit pas toujours. C'est pourquoi je me réjouis beaucoup de la décision toute récente de construire un nouvel orgue à la maison de Radio-France, qui témoigne d'une prise de conscience ; cet instrument jouera certainement un rôle important dans la diffusion de la musique pour orgue, et pour formations incluant l'orgue. J'écoutais moi-même beaucoup la radio quand j'étais lycéen, je sais ce que je lui dois !
L'Alsace est incroyablement favorisée grâce à ses instruments, mais aussi grâce aux structures d'enseignement particulièrement présentes ; je pense ici, outre les Conservatoires bien sûr, à l'AFORGEP et à l'EOD, dont les professeurs vont à peu près partout. Continuons à former, c'est ainsi que nous aurons demain des organistes, des acteurs culturels et des mélomanes passionnés, bref des gens qui continueront à maintenir vivant l'intérêt pour cet instrument fascinant.

 

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