14 février 2003

Entretien avec Eric Lebrun



Eric Lebrun a gentiment accepté notre entretien et lui a consacré une partie de son temps ces dernières semaines. Nous tenons à le remercier de la générosité de ses réponses et de sa participation au dynamisme de l'orgue en Alsace.

Béatrice Piertot :
1) Eric Lebrun, pouvez-vous faire une présentation de votre parcours musical ?
Eric Lebrun :
J'ai pratiqué d'abord la clarinette, et je dois à cette étude le goût de la pratique d'ensemble, d'une vision communautaire de la musique. J'ai joué dans différents orchestres, de l'harmonie à la formation symphonique. Ce sont des souvenirs formidables!…jouer à douze ans la symphonie inachevée de Schubert… Par ailleurs, l'apprentissage d’un instrument à vent est une excellente école de phrasé, et donne une conscience sensitive et naturelle de l'articulation. C’est à cet âge-là que j’ai pu avoir accès l'harmonium de l'église de Montignac, dans le Périgord. C'était un très bon instrument de Debain, à la sonorité riche et claire. J'improvisais et je composais à toutes mes heures perdues! Voyant l'intérêt que je portais à cet instrument, mon père chercha un professeur d’orgue dans la région, et je bénéficiais donc des cours d'Hélène Tsitsirides, excellente pédagogue et pianiste qui possédait un orgue de trois claviers dans sa magnifique maison en pierre de taille au cœur de la forêt des Eyzies-de-Tayac : Il fallait faire trente kilomètres chaque semaine par de toutes petites routes pour aller la voir ! Hélène me donna une très solide formation technique. Sa générosité était telle que l'on pouvait entrer chez elle à toute heure du jour où de la nuit, assuré de trouver de quoi manger ou de quoi dormir ! Arrivé en région parisienne, j'ai rencontré plusieurs personnes qui ont durablement marqué mon parcours musical : Anne Marie Barat, ancienne élève d'André Marchal, me donnait des leçons au château de Fontainebleau et au 22 rue Duroc, chez son maître. Anne-Marie Barat est décédée tragiquement en 1990… Elle avait à peine plus de quarante ans. C'était une musicienne très complète, qui n'a pas eu le temps de donner toute la mesure de son talent. Elle a été pour moi d'un dévouement exceptionnel : elle ne comptait jamais son temps, et ouvrait ses cours à la connaissance de toute la musique. Elle m’a fait aimer des œuvres aussi différentes que la symphonie « Jupiter » de Mozart et le « Wozzeck » de Berg. Un peu plus tard, j'ai été l'élève de Francine et de Jean Maillard. L'un et l'autre étaient des musicologues de haute volée ! Ils ont publié entres autres des ouvrages de référence sur des sujets aussi variés que Vincent d’Indy, Adam de la Halle, François Couperin (malheureusement seulement disponible en version espagnole)… Jean Maillard, professeur au lycée François 1er de Fontainebleau, était lui aussi un être d'exception, disparu au cœur de son oeuvre, pendant les délibérations du baccalauréat... Je lui dois beaucoup, aussi bien sur le plan musical que sur le plan humain. C'est grâce à lui que j'ai obtenu mes premiers diplômes au concours général des lycées. Enfin, j'ai bénéficié pendant un an des cours de Bruno Rigutto, dont le souvenir est encore aujourd’hui d’une très grande précision : je me souviens avoir travaillé avec lui le « Carnaval de Vienne » et la quatrième Novelette de Schumann, la première partita de Bach, des préludes de Debussy… je pourrais reconstituer ses leçons à la note près ! Je participais chaque été aux académies des jeunes organistes liturgiques à Angoulême, puis à Saintes, où j’ai par la suite enseigné moi-même. Je fis la connaissance d’une jeune et talentueuse chef de chœur, Claire Nautré, qui, grâce aux judicieux conseils qu’elle sut me donner, et à son exigence musicale, joua un rôle déterminant dans mon évolution musicale. Elle était aussi un remarquable professeur de philosophie. De l'âge de 17 à 21 ans, j'ai étudié la direction d'orchestre, avec Gérard Devos, et fondé l'Ensemble Instrumental Forlane (25 jeunes musiciens). Cet ensemble bénéficiait du soutien moral et artistique de Bruno Monsaingeon, qui fut comme l'on sait l'ami intime de Glenn Gould. Je l'ai connu à Bourron-Marlotte, dont je tins l'orgue pendant huit ans, et où je louais une superbe petite maison d’une pièce le long du château du XVIIème siècle. Le docteur André Monsaingeon, son père, et sa femme Annick, avaient une belle et grande maison dans ce très beau village où ont vécu de nombreux peintres, comme Jean Renoir. Depuis sa disparition, Annick remet chaque année à l'un de lauréats de la classe d’orgue du conservatoire de Saint-Maur un prix André Monsaingeon d’une valeur de 300 Euros ! Mais revenons à l'ensemble instrumental : quel travail nous avions fait… Nous jouions de tout : du Bach, la 5ème symphonie de Schubert, du Bartók, du Messiaen. Je dirigeais aussi à ce moment-là deux petites formations : le chœur de la délégation allemande, l'ensemble instrumental du parlement européen des jeunes... J'ai eu la chance de rencontrer Pierre Duvauchelle, ancien élève de Marguerite Long, fondateur de l'orchestre de chambre de Paris, qui était un professeur de piano passionné et exaltant, Yvonne Desportes, qui m'a donné des leçons d'harmonie que je n'oublierai jamais, Francine Aubin, qui m’encouragea spontanément à continuer à écrire, et le compositeur japonais Katori Makino, qui écoutait avec une patience incroyable mes toute nouvelles oeuvres, et ne se lassait pas de me donner de nombreux, et précieux conseils! Je suis rentré au CNSM en classe d'histoire de la musique (classe de Brigitte François-Sappey) à l'âge de 20 ans. Je me suis dit à ce moment-là qu'il serait peut-être bon que je choisisse ma voie... Ce fut l'orgue. L'année suivante, j'entrai dans la classe de Michel Chapuis, et parallèlement, je fis la connaissance de Gaston Litaize qui me prit en affection, et me proposa, avec l'accord de Michel Chapuis, de me faire travailler en même temps sous sa direction à Saint-Maur. Ce fut, des deux côtés, un enchantement! Quels maîtres merveilleux! Michel Chapuis a eu comme assistants les deux professeurs actuels du Conservatoire, et j’ai donc pu profiter des conseils de Michel Bouvard d’abord, d’Olivier Latry ensuite. Je dois dire que ce fut particulièrement intéressant de pouvoir travailler autant avec l'un qu’avec l'autre. Nos camarades étaient Pierre Méa, qui était rentré tout jeune, Vincent Warnier, qui jouait à cette époque la plupart des œuvres de Bach, Olivier Vernet, Gabriel Marghieri, Denis Comtet… C'est dans la classe de Gaston Litaize que j'appris à mieux connaître Marie-Ange Leurent, que j’avais déjà rencontrée quelques années auparavant. D'une excellente amie, elle devint la femme de ma vie, et la meilleure partenaire musicale dont je pouvais rêver! Nous n'avons jamais arrêté de jouer à quatre mains depuis cette époque, et elle me rejoint dans la classe d’orgue de Michel Chapuis, qui fut le témoin de notre mariage, dès l'année suivante. Michel Chapuis m’a fait connaître Jean Saint-Arroman, avec qui j’ai travaillé pendant trois ans. J’ai monté avec lui des reconstitutions complètes d’offices de Lebègue et de Raison. J’ai fait travailler des dizaines de motets à des chanteurs et des chanteuses dans le cadre de l'Académie du Comminges… Jean Saint-Arroman et Michel Chapuis m’ont donné un outil infiniment précieux, qu’on pourrait appeler la liberté de pensée, mais ce serait à la fois trop vague et trop réducteur… Parallèlement, je fis aussi mes études dans les classes d'écriture, d'analyse (chez Jacques Castérède dont l'amitié, ainsi que celle de sa femme Myriam que j'adorais, a toujours été le plus précieux des soutiens) et enfin en classe d'orchestration. Par la suite, j'ai passé deux années à étudier l'improvisation avec Daniel Roth, dont la gentillesse m'a toujours beaucoup touché, et dont l'enseignement rigoureux, à la manière allemande, m'a été très utile. Je dois ajouter que Gilles Cantagrel, que j'avais rencontré lors de l'intégrale Bach que nous avions donné avec les classes de Michel Chapuis et Jean Boyer à Plaisance Du Gers, a été pour moi dès cette époque d'une délicatesse extraordinaire, m'écrivant pour m’encourager dans mon parcours. J’ai toujours gardé ses lettres si touchantes, venant d’un homme de cette valeur, et qui me connaissait à peine ! Depuis 1990, je suis organiste à St Antoine des Quinze-Vingts à Paris. Je dois dire que c’est le centre de mon activité, et que chaque liturgie est un bonheur renouvelé ! L'orgue, à l'origine un instrument de concert de Cavaillé-Coll, qui est maintenant bien connu, est magnifique. Par ailleurs, j’ai fondé et dirigé à St Antoine pendant onze ans un chœur de près de 80 personnes. Nous donnions aux offices une fois par mois des messes de Mozart, de Schubert, de Langlais, la messe « cum jubilo » de Duruflé... Bien sûr, ce n'est pas un chœur professionnel, mais j’ai vraiment eu beaucoup de chance de pouvoir faire d’aussi belles liturgies. Le chœur poursuit maintenant son travail sous la direction d'une jeune chef de chœur passionnée : Béatrice Wronecki. J’ai toujours aimé transmettre : j’ai enseigné l'écriture à la Sorbonne, et directeur de l'école Nationale de Musique et de Danse de Cachan, puis professeur au CNR d'Angers, enfin de St-Maur. Depuis deux ans, je suis aussi chargé de cours au CNSM de Paris. Je collabore depuis quinze ans avec Michel Piquemal, et j'ai enregistré avec lui entre autres l'intégrale de la musique vocale et l’œuvre d'orgue de Maurice Duruflé. Yves Rousseau, qui est son administrateur, a été le maître d'ouvrage de ce projet. Depuis, je ne peux me passer de l'aide d'Yves et de son avis éclairé pour nombre de mes projets. Il est, pour chacun de nos enregistrements, Marie-Ange et moi, le conseiller artistique idéal! Il faut dire qu'il est aussi un musicien de très grand talent! J'ai écrit une quinzaine de pages pour le la voix, le piano, l'orgue, la musique de chambre, de la musique d'orchestre. Collaborant avec l'acteur Pierre Grandry, j’ai écrit pour lui des musiques de scène, et j’ai donné pendant plusieurs années avec lui « la Chanson de Roland », improvisant au piano durant chaque soir sur sa déclamation ! J’ai aussi collaboré avec mon cher ami Jean Lalanne, pour qui j’ai écrit des musiques sur ses évocations de Paris, de Jean de La Fontaine, de Jeanne d’Arc ! C’est fou ce que j’ai fait avec Jean Lalanne ! S’il avait réussi à me convaincre, je crois qu’il m’aurait fait écrire un opéra entier ! Enfin, je dois dire me suis toujours intéressé à la musique de notre temps, et j'ai créé un certain nombre de partitions de Gaston Litaize (la sonate à deux est dédiée à Marie-Ange et moi-même), de Marcel Landowski, de Kamillo Lendvay (qui m'a dédié sa fantaisie et fugue, enregistrée à Budapest chez Hungaroton), « Domine, Dominus noster » et « Ton âme danse dans la lumière », dédié à Myriam, de Jacques Castérède, les trois esquisses de Thierry Escaich, plusieurs oeuvres de Valéry Aubertin (notamment Van Gogh, Kandinsky, que je créai en 1993 à Notre-Dame de Paris, et la Première sonate qui me sont dédiées), Alain Margoni, Olivier Kaspar, Vincent Lauboeuf... Valéry Aubertin, que je connais depuis 1991, compte parmi les amis les plus précieux que j’ai pu rencontrer sur ma route. C’est pour moi l'un des plus grands compositeurs de notre temps. L'un des grands esprits dont notre pays peut s’enorgueillir … J’ai toujours considéré le fait de jouer sa musique, et d’être le témoin de sa créativité comme l'une des plus grandes chances de ma vie.

Béatrice Piertot :
2) Pouvez-vous nous parler d'Issenheim, où vous enseignez avec votre épouse Marie-Ange Leurent durant le stage d'été ?
Eric Lebrun :
C’est en 1996 que je fis la connaissance de Paul-Philippe Meyer, organiste de Saint André d’Issenheim, grâce à Jean-Pierre Ballon, qui fut directeur de l’Ecole Nationale de Musique de Mulhouse avant de diriger le Conservatoire de Saint-Maur. L’orgue Callinet venait d’être restauré avec le plus grand soin par Gaston Kern. Un matin de 1996, j’ai donc été contacté, d’abord par Paul-Philippe, puis par André Metzger, président de l’association pour la sauvegarde de l’orgue d’Issenheim (ASOCI), pour me demander d’assurer le concert d’inauguration de cet orgue vénérable. J’acceptai avec une très grande joie cette invitation, en particulier parce que j’ai toujours eu une dévotion particulière pour le merveilleux retable de Grünewald, peint dans le couvent des Antonins, dans le courant du XIVème siècle, à quelques pas de l’église… Je brûlais de jouer dans ce lieu magique ! Arrivé à Issenheim quelques jours avant le concert, je trouvais tout un petit groupe à la tribune de l’orgue. Le président me présenta les membres de l’ASOCI et du conseil de fabrique, puis me demanda de faire sonner l’instrument ; je sus dès l’année suivante que chacun était à l’affût de la moindre de mes réactions, curieux de savoir si pour moi cette restauration était objectivement réussie ! Et quelle réussite ! Dès les premiers instants, je fus saisi par le sentiment d’une très grande luminosité, du jeu le plus grave au jeu le plus aigu, de la gambe la plus ténue au grand jeu le plus puissant que l’on puisse imaginer sur un instrument d’une trentaine de jeux. L’éclat dans la distinction, la clarté dans la profondeur… Je garde un excellent souvenir de ce premier contact si chaleureux ; le concert alternait musique vocale, avec le chœur Concordia, et musique d’orgue : ambiance festive, dans le bonheur collectif d’un projet longtemps désiré et enfin réalisé ! Avant de quitter Issenheim, Paul-Philippe comme André me firent part de leur désir de mettre en œuvre un projet durable d’animation autour de l’orgue. L’association était dans une bonne dynamique, le conseil de fabrique était partie prenante… Toutes les conditions étaient réunies pour monter un très beau projet. Un an plus tard, Marie-Ange et moi avons créé avec l’ASOCI la première Académie d’orgue d’Issenheim (nous avions déjà une certaine expérience de la chose, puisqu’en 1993, j’avais créé avec André Isoir l’Académie de Nemours-Saint Pierre qui avait connu un beau succès.) Notre projet était de proposer une formation aussi complète que possible en une semaine : écriture musicale, improvisation, chant choral, exécution… au terme de cette première semaine d’étude, nous étions fiers de présenter lors du concert de fin de stage des variations sur des chorals réalisées par les stagiaires. Si les débuts ont été modestes en nombre de participants, notre persévérance a été vite récompensée, et nous avons rapidement été débordés… Dès la troisième année, nous avons dépassé le quota de 25 stagiaires, venant d’horizons très différents (du Venezuela au Japon), grâce à l’excellente organisation d’André Metzger et de l’ASOCI. Et par la suite, nous avons accueilli d’autres professeurs, comme Thierry Mechler, professeur à l’école supérieure de Cologne, Pierre Gerthoefer, professeur d’orgue au conservatoire de Colmar, et Andréa Macinanti, professeur au conservatoire de Bologne. Par ailleurs, le parc instrumental s’est développé. De deux ou trois instruments au départ, nous sommes arrivés à près d’une vingtaine d’instruments d’esthétiques complémentaires disponibles dans la semaine de l’Académie : orgues de Silbermann, de Toussaint, de Callinet, d’Alfred et de Gaston Kern, de Rickenbach, de Rémy Malher… tout ceci supposant de la part des bénévoles une lourde charge de transport de chaque stagiaire sur son lieu d’étude ! Franchement, je les admire : pensez que certains d’entre eux ont fait plus de 1000 km en une semaine. Je dois souligner aussi le rôle important joué par le CDMC de Guebwiller, qui a mis à notre disposition un mini-bus, et des téléphones portables. Une Académie réussie, c’est aussi beaucoup de soucis matériels ! Conséquence directe : à la demande des stagiaires, le profil de l’Académie a changé. Progressivement s’est imposée l’idée d’une semaine consacrée à l’étude de différents styles européens, laissant encore ouverte la possibilité d’étudier aussi bien l’écriture musicale que l’improvisation, le chant grégorien ou l’analyse. Je connais beaucoup de jeunes organistes qui ont fait connaissance avec la musique de Frescobaldi lors de ces semaines de travail ! D’autres qui se sont découvert des talents d’improvisateurs… C’est le rôle d’une Académie d’été que de stimuler l’imagination et d’ouvrir des portes…sans les refermer. Dans le même temps, d’autres projets ont vu le jour : organisation de concerts, notamment en faveur des « jeunes talents » à Issenheim pendant l’année, création de la DOHA (à la Découverte des Orgues de Haute-Alsace) ; de notre côté, nous avons enregistré trois CD sur cet instrument coloré (« le temps pascal », édité par l’ASOCI, l’intégrale des noëls de Claude Bénigne Balbastre et le premier enregistrement des 24 préludes liturgiques de Gaston Litaize aux disques du Solstice). Je dois dire que tout cela n’aurait pu se faire sans l’intelligence et l’opiniâtreté de nos chers amis André Metzger et Paul-Philippe Meyer, auxquels je devrais ajouter quelques noms, comme celui de Jean-Pierre Maurer, collaborateur infatigable. Et je dois dire que d’une façon générale, j’ai rarement vu dans notre pays une telle énergie au service de la musique ! Quel merveilleux travail d’équipe !

Béatrice Piertot :
3) Quels sont les orgues qui vous ont le plus marqué en Alsace ?
Eric Lebrun :
Il m'est difficile de citer isolément un des instruments qui m'ont marqué dans cette terre d'Alsace qui est si riche en beaux instruments... Pour des raisons variées, je pourrais citer : le très majestueux Callinet de Dannemarie, ou la fine poésie du Silbermann de Soultz, ou encore l'extraordinaire qualité polyphonique et la force du grand plein-jeu de St Martin de Colmar ; mais ce serait oublier l'élégance de la montre de l'orgue de chœur de Masevaux, à double-rang dans les dessus, et la sonorité ronde et lumineuse du clavier d'écho du grand orgue de cette église, réfléchie par une petite ogive... Et dans mon enfance, j'ai été bercé par les sonorités de l'orgue de St Pierre le Jeune à Strasbourg, comme par le grand orgue de la cathédrale, car mes parents, qui sont franc-comtois, allaient souvent en vacances en Alsace. Enfin, j'ai une tendresse particulière pour l'orgue de Gunsbach : outre la présence invisible mais réelle d'Albert Schweitzer, c'est dans cette église que je donnai voici vingt ans l'un de mes premiers récitals…

Béatrice Piertot :
4) Quels sont vos prochains projets musicaux ?
Eric Lebrun :
Ils sont nombreux... mais le temps me manque pour les réaliser en temps et en heure! En mars, je vais enregistrer avec le Choeur Régional d'Ile de France, dirigé par Michel Piquemal, plusieurs oeuvres de Gaston Litaize (Chant de Pâques, Missa solemnior, Adoro te, cortège pour cuivres et orgue...), nouvel hommage à cet extraordinaire compositeur, dont l’œuvre vocale, peut-être la meilleure illustration de son art, reste à découvrir ! Je compose depuis deux ans un cycle de quinze Mystères du Rosaire pour violon, violoncelle, hautbois et orgue, en hommage à Biber, et à ses quinze sonates des Mystères. Certaines de ces pièces sont déjà écrites (le sixième Mystère, pour le violoncelle seul, a été créé lors de la cérémonie du vendredi Saint 2003 à St Antoine-des-Quinze-Vingts). Je ne sais quand je pourrai le terminer... d’ici deux ou trois ans, peut-être, car sa gestation est longue... Par ailleurs, je dois enregistrer avec la mezzo-soprano Jacqueline Mayeur une nouvelle oeuvre, écrite cet hiver : trois motets pour le temps de Noël, et, en marge de mes quinze Mystères, je dois aussi terminer un petit cycle de cinq pièces pour le violon seul, sur les cinq Mystères lumineux, cette fois-ci, que doit jouer mon ami le violoniste Patrick Prunel... Avec Marie-Ange, nous travaillons en ce moment une adaptation de la symphonie Jupiter de Mozart, que nous jouerons en tournée à partir du mois de mars. Nous préparons également un enregistrement d’œuvres de Valéry Aubertin, et la rédaction d'un livre que nous signerons tous deux... Au sujet de Valéry, je dois cet été enseigner en Andorre, en compagnie notamment de Jean-Pierre Leguay, et le programme proposé, très original, comprend les quatre pièces éditées maintenant chez Billaudot, dont le merveilleux « Van Gogh » ! Je me réjouis de cette perspective…Et puis, il y a aussi la création d'un répertoire liturgique propre à St Antoine, que j'élabore depuis un an, et qui est progressivement publié par les éditions Europart-Ligugé. J’attache beaucoup d’importance à cela, et je pense que la seule réponse à la médiocrité ou à la banalité du répertoire chanté dans nos églises est de proposer une alternative de qualité. J’aurai aussi, d’ici la fin de l'année, de beaux moments musicaux avec mes étudiants de Saint-Maur, notamment un concert qui permettra d’entendre en première partie la messe des couvents de François Couperin, et, en seconde partie, la messe de la Pentecôte d’Olivier Messiaen !… La messe de Couperin sera redonnée le 16 mai à l'église St Roch à Paris, augmentée de deux motets, avec la participation de la classe de chant d’Yves Sottin. Que de beaux projets, en vérité... et je ne sais si j'en viendrai à bout !

 

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