Novembre 2003

Entretien avec Marc Baumann

Marc Baumann a eu la gentillesse d'accepter notre entretien avec tant de soin que toutes nos demandes ont trouvé une réponse à travers cette unique question.

Yannick Merlin :
M. Marc Baumann, votre nom figure à la page 61 du Dictionnaire des organistes français des XIX° et XX° siècles de Pierre Guillot. Néanmoins, pour ceux ou celles qui ne posséderaient pas encore cet ouvrage capital paru récemment, pourriez-vous nous faire une présentation de vous-même et de votre passion pour le monde de l'orgue alsacien ?

Marc Baumann :
C’est avec intérêt que j’ai parcouru l’ouvrage auquel vous faites référence. Il impressionne par la qualité de son contenu et la précision des informations que l’on y trouve.
Que l’on soit modeste organiste ou concertiste international, tous ceux qui jouent de l’orgue sont animés par une fidèle et inaltérable passion d’un instrument qui touche au plus profond, surprend, résiste parfois, mais procure des plaisirs variés et nombreux.
C’est dans les églises que se trouvent les orgues. Et c’est là que s’est passé ma première rencontre. Comme cela a été longtemps la règle, l’étude du piano a été la condition pour pouvoir étudier l’orgue. Cela est à mon sens profitable, même si le toucher des deux instruments diffère. Mais très rapidement, l’orgue a été mon instrument principal, non sans jamais délaisser le piano, instrument complémentaire… et si expressif.
Puis commencent des années d’études, au Conservatoire de Strasbourg auprès de Marc Schaefer, avec la joie de jouer régulièrement l’orgue de Saint-Pierre-le-Jeune protestant.
Ensuite, l’enseignement du maître que fut André Stricker a été déterminant pour moi comme pour de nombreux étudiants du Conservatoire de Strasbourg. Musicien exigeant, pédagogue né, il a mis en place une réelle méthode de travail où par l’analyse, la compréhension du texte, l’articulation, la musique prenait tout son sens.
Enfin, c’est à Besançon, dans la classe de Michel Chapuis que se sont révélé les subtilités de l’orgue comme elles ne m’avaient jamais encore parues. Des cours réguliers dans le cadre du Conservatoire à l’orgue historique de Dôle ont permis de comprendre ce qu’est un grand jeu ou une basse de tierce. Et puis, observer Michel Chapuis quand il touche le clavier, tantôt dans la force ou la douceur est une chance extraordinaire. Sans jouer, par assimilation, inconsciemment, simplement par imprégnation.
De tels maîtres ne peuvent que donner l’envie d’en savoir davantage encore.
La connaissance de la facture d’orgue est à mon sens indissociable de la pratique de l’instrument. L’Alsace est une région idéale pour satisfaire à cette curiosité et il dommage de ne pas profiter de cette richesse.
Se déplacer, aller voir des orgues, le plus possible puisqu’ils sont tous uniques ! C’est aussi une région où de brillants facteurs d’orgues exercent leur art. Les visiter, les voir travailler et pourquoi pas assister pendant quelques semaines un facteur d’orgues. On écoute et comprends alors mieux encore la machine orgue.
Ma modeste expérience en facture m’amène aujourd’hui à conseiller dans leur choix les paroisses catholiques du Bas-Rhin qui décident d’entreprendre ou de restaurer leur instrument. Et le travail ne manque pas. De nombreux chantiers sont actuellement en cours.
Pour jouer tous ces orgues, il faut évidemment des organistes, sensibles à la liturgie et en phase avec l’action liturgique. L’Ecole d’orgue Diocésaine propose une longue formation où l’on aborde toutes les matières complémentaires au jeu de l’orgue : l’harmonie, l’accompagnement, l’improvisation, la liturgie. A ce jour, 77 organistes sont titulaires du diplôme d’organiste liturgique. Ma responsabilité de Directeur de l’E.O.D. depuis 3 ans est confortée par l’arrivée de futurs diplômés. La relève est donc assurée !
Enfin, toutes ces connaissances et passions ne peuvent prendre de sens qu’à la condition d’être mises en œuvres le dimanche, dans le cadre liturgique, lieu où le jeu de l’orgue se développe et prend véritablement tout son sens. Au service d’une paroisse pendant une vingtaine d’années, j’ai aujourd’hui la chance mais aussi la redoutable mission de jouer l’orgue de la Cathédrale de Strasbourg. Avec mes deux collègues (Pascal Reber et Damien Simon), nous proposons chaque dimanche notre participation à l’animation musicale. C’est une aventure particulière, contraignante parfois, mais toujours passionnante. Dans la liturgie d’abord où l’intervention du grand orgue est toujours éminement respectée. Le grand orgue encadre l’office par des pièces ou des improvisations. L’orgue de chœur accompagne le chant de l’assemblée.
Dans ce lieu chargé d’histoire, cet instrument suspendu, un peu irréel, inaccessible pour le plus grand nombre devrait participer sûrement davantage au rayonnement musical et culturel de la cité. Pourtant, les idées ne manquent pas.
Avec mes collègues, -dont je souhaite ici dire l’excellence des relations et la complémentarité musicale qui nous anime-, nous y contribuons, modestement, avec conviction, sous des formes diverses ; les auditions, présentations, heures spirituelles, concerts sont autant d’occasion de montrer un instrument parmi tant d’autres en Alsace. Il est passé le temps où ces tribunes étaient des bastions jalousement gardés par des titulaires « propriétaires ». La jeune génération des organistes est au contraire ouverte et accueillante pour ceux qui manifestent un intérêt à l’orgue, mais aussi à ceux qui restent éloignés ou simplement pensent que l’orgue leur est inaccessible.
Pour ma part, j’aime beaucoup me retrouver les dimanche (quand je ne suis pas de service à la Cathédrale) dans une petite paroisse du Nord de l’Alsace. Ce lien avec une paroisse « ordinaire » m’est indispensable. J’y attache une grande importance.
Voilà quelques impressions d’une passion qui occupe une large part de mon existence.
J’encourage vivement les responsables de cette initiative à persévérer pour faire découvrir à tout ceux qui l’ignorent que l’orgue est un instrument captivant.

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