Décembre 2003

Entretien avec Thierry Mechler



Thierry Mechler a consacré à notre interview une partie de son temps ces dernières semaines, aussi nous voulons vivement le remercier pour sa gentillesse et sa disponibilité.


Béatrice Piertot :
1) Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?

Thierry Mechler :
Thierry Mechler, né à Mulhouse en 1962. Etudes d' orgue et d' improvisation à Paris dans la classe de Marie-Claire Alain et de Jacques Taddei.Etudes de piano à Strasbourg avec Helène Boschi. Professeur au Conservatoire d' Annecy de 1986 à 1989. Titulaire du Grand Orgue de la Cathédrale St. Jean de Lyon de 1991 à 1998. Conservateur du Grand Orgue Cavaillé-Coll de l' Auditorium Maurice RAvel de Lyon de 1993 à 1998. Professeur d' orgue et d' Improvisation au Conservatoire National Supérieur de Cologne depuis 1998. Conservateur des grandes orgues de la Philharmonie de Cologne depuis 2001. Concertiste international au piano et à l' orgue.

B. P. :
2) Votre brillant parcours rencontre également l'orgue Fischer/Krämer de la basilique de Thierenbach. Quelle influence cet orgue alsacien a-t-il eu sur votre carrière ?

T. M. :
C'est surtout Thierenbach, la spiritualité du lieu, les personnes rencontrées au cours de mes années de formation, le Recteur de la Basilique et son soutien fidèle, la beauté de la nature environnante, qui m' ont ressourcé et apporté l' inspiration nécessaire et la force de continuer. Je me sens avant tout musicien avant d' être organiste. L' instrument à tuyaux n' est qu 'une façon parmi d' autres de communiquer ou de partager l' art des sons avec le public. Actuellement le piano me fascine beaucoup et me permet une meilleure expression sensitive de la musique, que l' orgue toujours un peu statique et figé ! Il est bon de connaître ses propres limites, mais aussi celles de son instrument !

B. P. :
3) Votre expression de la musique passe également par l'improvisation. L'orgue tient-t-il une place de choix dans cet art ? Quels sont les souhaits que vous voudriez exprimer concernant l'évolution de cet instrument ?

T. M. :
L'orgue est par excellence un instrument polyphonique, véritable orchestre à lui seul. Il permet la juxtaposition de plusieurs contrepoints, harmonies et rythmes le tout avec des timbres et des couleurs différentes. La notion de timbre et de sonorité est primordial pour l'improvisation. Les mélodies grégoriennes restant une source inépuisable d' inspiration créatrice. Mon souhait serait de voir s'ouvrir de nouvelles possibilités dans l'Art de l'improvisation grâce au progrès de l' Art de la Facture d' orgue. Nous dépendons de l'instrument et il est intéressant de constater que les 17ème, 18ème siècles, véritable apogée de l'orgue, les Silbermann, Arp Schnitger et tant d' autres ont inspiré les plus grands compositeurs, je pense tout particulièrement à J.S. BACH. Au 19ème siècle l' orgue Cavaillé-Coll a engendré des oeuvres de C. Franck, Widor, Vierne etc... En Allemagne Beethoven, Schubert, Brahms, n' ont pas été véritablement inspiré par l' orgue. A. Bruckner était un organiste-improvisateur fabuleux, qui nous a malheureusement pas laissé des oeuvres d'orgue marquantes. C. Debussy et Ravel n' ont rien écrit pour l'instrument à tuyaux, qui de leurs époques était, il faut bien l' avouer souvent décadent et artistiquement douteux. Je pense, que si les orgues répondent à des critères artistiques élevés du point de leur facture et de leur esthétique, les compositeurs et les improvisateurs auront à nouveau le besoin de lui consacrer de grandes pages. A la fin du 20ème siècle, il y a eu un renouveau, pensons à un compositeur comme Olivier Messiaen et actuellement à Jean-Louis Florentz, qui nous ouvrent de nouveaux horizons.

B. P. :
4) Quels sont les orgues qui vous ont le plus marqué ?

T. M. :
Le Silbermann d' Ebersmunster, Le Cavaillé-Coll de St. Ouen à Rouen, Le Mutin-Cavaillé-Coll de Guebwiller…

B. P. :
5) Pouvez-vous nous parler de vos futurs projets musicaux ?

T. M. :
Un projet me tenant particulièrement à coeur est l‘interprétation à l' orgue des 6 Partitas de J.S. Bach (Clavierübung I. Teil), le Dimanche 23 mai 2004 à 20h à la Philharmonie de Cologne et le Samedi 2 octobre 2004 à Thierenbach à 18h, les Partitas 1. 2. 3 à l' orgue, puis aux Dominicains de Guebwiller à 21h, les Partitas 4, 5 et 6 au piano. Enfin j' aspire à plus de calme et de temps pour m'immerger davantage dans la Musique. Une certaine recherche du silence me semble de plus en plus indispensable pour équilibrer et répondre aux attaques de l'activisme à outrance, si caractéristique de notre époque.

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