Cela fait un total de dix-neuf registres, dont seize sont effectifs et dont trois correspondent à des emprunts du Grand-Orgue vers la Pédale.
On note l'évolution suivante : au Grand-Orgue, on trouve un Octavin 2' de plus (il est vrai que cette Flûte aiguë éclaircit considérablement l'ensemble sombre du 16', des quatre 8' et du 4'.
Au Récit, la Flûte Harmonique devient un Bourdon harmonique, probablement dans le but de garder un jeu discret sur ce plan sonore mais qui ne fasse pas double usage avec la Flûte du Grand-Orgue.
Enfin, le clavier de Pédale " s'enrichit " au moyen de jeux empruntés au Grand-Orgue. On peut admirer l'intelligence d'avoir mis en transmission facultative le Salicional du Grand-Orgue : les diamètres de tuyaux du Salicional de huit pieds étant restreints, ils ont pour incidence sur le plan acoustique de développer fortement les premiers harmoniques. En conséquence, si on met la Soubasse 16', le Bourdon de 8' ainsi que le Salicional 8', on entend 16'+ 8'+ 4' ! (le Salicional 8' jouant le rôle du 4', subtil, certes, mais bel et bien présent à l' audition).

La lettre de Charles Michel du 28 août 1884 nous relate qu'une délégation du couvent est venue visiter les ateliers de la rue Vendôme à Lyon, afin de se rendre compte de l'avancement des travaux. Entre temps, le buffet a été confectionné par un artisan extérieur à la société " Merklin et Cie ", afin d'alléger le prix général de l'instrument.

M. Gentaz de Valence livrera ses " décorations en menuiserie, sculptures du buffet d'orgue, clavier et banc d'orgue " le 10 septembre 1884.
Le 5 novembre, l'orgue est totalement terminé dans les ateliers, il est alors aussitôt expédié à Tain-l'Hermitage. Son montage s'achève durant le mois de février 1885. L'orgue a coûté 22.098 francs (18), et il a été entièrement payé par des dons (19).

Ce nouvel opus fut expertisé le 5 février 1885 au matin, par l'abbé Neyrat (20), M. Pierre Salomone (21), M. Lamandé (22), M. Trillat (23) et M. le Comte de Larnage.
L'instrument est " reconnu en état très perfectionné ". " La Voix Céleste, la Voix-Humaine et la Gambe sont très réussies, ainsi que la Flûte Octaviante ; la Sous-basse est d'un grand effet ". " L'expression en elle-même, et surtout en raison de la double boîte pour la Voix-Humaine (24), est du plus heureux effet. La commission d'expertise reconnaît que toutes les conditions du devis ont été loyalement exécutées et en adressent à qui de droit les meilleures éloges ".



SUITE

Retour à la page d'accueil


(18) " Il a été payé : - à Mr. Mercklin [sic] : 20.000 francs, - à Mr. Gentaz pour le devant du buffet : 1.890 francs, - à Mr. Biétrix : bois de chêne pour la caisse de l'orgue (la console) : 208 francs ".

(19) " Il a été donné : -par Madame de Larnage : 2.000 francs, - par Mr. Alfred (pensionnaire de l'établissement) : 20.048 francs, par Mr. L'abbé Guilland, curé de Liévin (Pas de Calais) de la part de la famille d'un jeune malade : 50 francs ".

(20) " Chanoine de la Primatiale de Lyon " et " ancien Maître de chapelle de la même Cathédrale ".

(21) " Organiste de Notre-Dame à Valence ".

(22) " ancien organiste de Notre-Dame de Vitré ".

(23) Paul Trillat (1853-1904) a fait ses études à Bruxelles auprès d'Alphonse Mailly et de François-Joseph Fétis. De 1874 à 1904, il a été " Organiste " titulaire de l'orgue " de la Primatiale de Saint Jean " de Lyon, reconstruit par Joseph Merklin en 1875. Puis de 1904 à 1909, il a tenu l'orgue Cavaillé-Coll de l'église Saint-François-de-Sales à Lyon.

(24) A cette époque, plus une Voix-Humaine provoquait un effet lointain et mystérieux plus elle était appréciée. Cet effet était revenu très à la mode suite aux légendaires Voix-Humaines de Fribourg et de Masevaux dont les réputations s'étendaient à toute la France (cf. Roland Galtier, La facture d'orgues en France de 1800 à 1870, Villeneuve d'Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2001, tome 1, p. 211).